Le pardon

Pierre angulaire du travail sur soi, libérateur et apaisant, pilier de toutes les religions garantissant une élévation de l’âme, et point incontournable dans l’éducation des enfants, le pardon est un de ces mots dont l’ampleur et la complexité ne peuvent être captées spontanément par notre psyché. On dit même dans la tradition yogique que l’intégralité du pouvoir du cœur n’est à l’œuvre qu’après avoir réalisé son premier acte de pardon authentique. C’est dire si derrière ces six petites lettres et sa sonorité simple se cache l’un des plus grands défis que l’être humain ait à relever dans sa vie : pardonner à ceux qui l’ont blessé, humilié, bafoué, trahi, volé ou encore violenté. Malheureusement la liste est longue et compliquée et tout aussi complexe est de savoir se pardonner à soi-même.

 Il faut apprendre à se pardonner à soi-même d’avoir mal agi  …  Qui n’a jamais fauté … ?

Se pardonner n’est pas s’absoudre sans reconnaître ses responsabilités mais plutôt se libérer de la culpabilité qui peut nous empêcher de réparer la situation. Si toutefois aucune réparation n’est réalisable, il est inutile de s’auto-punir avec des reproches stériles. Mieux vaut avancer en gardant la leçon comme une expérience.

Pourquoi pardonner est-il libérateur ?

Les bénéfices du pardon sont prioritairementpersonnels. Dès lors que nous commençons à l’envisager, on peut dire que c’est le début de notre guérison affective. En acceptant de lâcher prise, en laissant partir le souvenir douloureux, et en arrêtant de nourrir la souffrance que nous avons ressentie, nous acceptons de nous libérer de la charge émotionnelle douloureuse associée à l’événement.

Avant de pardonner, il faut avoir fait le tour de l’offense et passer rapidement par l’acceptation d’un statut de « victime » dans le but de la reconnaître et surtout de ne pas s’attarder à celui-ci. 

La plupart des personnes qui ne veulent pas ou ne peuvent pas pardonner restent emprisonnées dans ce statut douloureux de victime mais confortable en un sens : « Tout est de la faute de l’autre ! » Du coup, il n’y a ni remise en question, ni évolution possible, ni cicatrisation ou ni guérison. Mais, quelle que soit l’offense que nous ayons pu subir, nous sommes et restons exclusivement responsable de notre vie, de notre bien-être, de notre reconstruction et de notre guérison ! Nous ne sommes pas responsable de ce qui nous est arrivé mais nous sommes pleinement responsable de ce que nous allons en faire.

C’est le principe de responsabilité envers nous-même qui devrait nous pousser à pardonner.

Les excuses que nous pouvons recevoir de l’autre partie aident considérablement à envisager de pardonner. La reconnaissance de notre souffrance et les regrets exprimés sont toujours bénéfiques. Mais souvent, il faut faire sans et c’est tout à fait possible !

Le fait d’exprimer directement notre pardon à la personne concernée, n’est pas indispensable pour qu’il soit total et nous libère.

Certaines personnes pourront l’exprimer verbalement ou de manière écrite ou pourront l’acter au travers un nouveau comportement, c’est très bien et cela peut engendrer un bien-être chez les deux parties mais dans cette démarche thérapeutique, ce n’est pas indispensable non plus. 

Ce n’est d’ailleurs pas toujours réalisable si nous n’avons plus envie de voir la personne, si cette dernière est toujours toxique voire dangereuse ou si elle est décédée. Dans ce dernier cas, nous pouvons toujours travailler la libération à l’aide d’actes symboliques très efficaces.

Ce n’est pas non plus réalisable si nous ne connaissons pas cette personne directement comme dans le cadre d’une agression par un inconnu ou d’une attaque terroriste. Le pardon doit alors être élargi à un pays, un genre, un pan d’histoire, etc. 

Comprendre, donner du sens, retirer des leçons 

C’est grâce à ces aspects que nous pouvons élaborer notre pardon. 

Nous entendons souvent des phrases comme :

« Cette expérience a été douloureuse mais elle m’a beaucoup appris ! », « Si je n’avais pas été agressé ou eu cet accident, je n’aurais jamais rencontré telle personne. » ou encore « Cela m’a donné une bonne leçon et on ne m’y reprendra plus ! »

Parfois, le pouvoir du drame est si puissant qu’il peut réveiller chez l’individu des forces et des capacités insoupçonnées. 

Ces événements agissent comme une réparation émotionnelle. Ils permettent d’accepter, de donner du sens et ainsi de pardonner l’offense. On s’autorise à retirer du drame un ou plusieurs aspects positifs. C’est un des socles de la résilience.

Parfois, soyons honnêtes, seul le besoin de guérir nous pousse à pardonner et c’est peut-être seulement dans cette force mentale et émotionnelle que l’individu a su mobiliser qu’il parvient à se surpasser. Il a en plus la satisfaction d’avoir dépassé la vengeance, énergie destructrice qui n’a rien d’autre à nous offrir qu’un emprisonnement dans un passé douloureux, à entretenir un feu dévastateur qui génère d’autres souffrances. Le soulagement qu’elle promet n’est qu’une vaste et douloureuse illusion. 

Pardonner peut nous sauver littéralement d’un point de vue psychologique et émotionnel comme on le constate régulièrement en séance de psychothérapie. C’est comme se libérer d’un poids. L’acte de pardon procure un profond soulagement ainsi que la sensation d’avoir évolué et d’avoir repris le contrôle de sa vie.

Ce n’est pourtant pas chose aisée, mais pour aller plus loin dans cette démarche complexe, en plus d’une démarche psychothérapeutique, je vous invite à approfondir avec notre support audio qui contient des exercices pratiques et très utiles pour accomplir ce travail de pardon envers soi-même ou envers autrui.