Établir une discussion constructive

Le désaccord constructif ou comment induire une conversation constructive à partir d’un désaccord ?

En ces temps tumultueux où la polarisation est extrême, notre avenir dépend de la manière dont nous dialoguons et entamons des discussions constructives, ou rendons le conflit productif, pour trouver de nouvelles solutions.

Julia Dhar, experte américaine dans l’art de débattre, nous donne quelques pistes dont je me suis inspirée et auxquelles j’ai ajouté des outils issus de l’analyse transactionnelle ainsi que d’analyses tirées de mon expérience professionnelle dans la thérapie de couple. 

Les méthodes que nous allons voir sont applicables dans tous les domaines, dans toutes les discussions, allant de la réunion professionnelle, aux dîners de famille, aux échanges plus ou moins vifs entre amis ou dans le couple.

Pour commencer, le minimum requis de l’une des parties est d’avoir l’intention :

  • d’écouter
  • d’être entendu
  • de comprendre

Derrière cette simplicité apparente, se cachent déjà quelques pièges très fréquents dont il faut se méfier.

Lorsque nous sommes confrontés à un point de vue nouveau ou différent du nôtre, l’une des premières réactions est de se fermer plutôt que de s’ouvrir. C’est bien souvent à cause de ce que l’on nomme en psychologie sociale « la persévérance dans la croyance », qui selon sa définition, maintient une croyance en dépit de nouvelles informations qui la contredisent fermement. Et ces croyances sont nombreuses : sur soi-même et sur les autres, sur le fonctionnement du monde avec son lot de préjugés et de stéréotypes, sur tout et n’importe quoi. Le fait que notre propre système de croyances puisse être remis en question ou bouleversé par celui d’un autre peut-être très déstabilisant, voire même terrifiant pour certains car c’est aller vers l’inconnu. Ainsi, spontanément rejetons-nous l’idée insécurisante d’autrui, nous qui sommes sans cesse, à l’excès, en quête de sécurité.

Résister à l’envie d’aller au combat et renoncer à la « victoire » évite le deuxième piège et favorise une évolution positive de la situation. La discussion devient un mur d’escalade, une possibilité de s’élever, de prendre de la hauteur et non une arène de combat où il n’y a qu’un vainqueur et un perdant mis à mort. Une idée attaquée est une idée qui n’a pas été comprise le plus souvent : Reformulez, utilisez des métaphores, lâcher prise si nécessaire en prenant note du positionnement de votre interlocuteur et en gardant à l’esprit que vos arguments deviennent toujours meilleurs lorsqu’ils sont confrontés à des challenges car cela vous oblige à les étoffer, les enrichir et les faire évoluer.

Toutes les discussions constructives ont 3 points en commun : 

 1- Choisissez la curiosité plutôt que le « clash » 

La curiosité déjoue la peur de l’idée proposée par l’autre et le désir de le détruire de vous avoir fait peur. Aborder la conversation sous cet angle, c’est vouloir comprendre un point de vue différent sans se sentir menacer, c’est vouloir regarder de l’autre coté de la barrière. Si spontanément, vous n’êtes pas d’accord, vous n’avez qu’une phrase à dire et une question à poser : 

– « Je n’y avais jamais pensé ainsi. »

– « Que pouvez-vous partager avec moi pour m’aider à « voir » ce que vous voyez ? »

Plus vous montrerez de la curiosité et de l’intérêt pour l’autre, plus la réciproque sera vraie. Il se montrera plus ouvert et tentera lui aussi de vous comprendre.

De plus, « rester sur les rails « , définir le but de la discussion et s’y tenir permettra d’éviter les dérives, les hors-sujets, les règlements de comptes…et permettra de préserver le respect, l’amitié ou l’estime de l’autre selon les différents contextes.(Parle-t-on d’améliorer la sécurité de l’entreprise, de surmonter un échec, de définir la meilleure option pour l’orientation d’un enfant ? De planifier un budget ?…) 

Il faudra aussi accepter de « décoller » les idées et les identités. Pour cela, on pourra conseiller aux parties de proposer des solutions à la problématique qui doit être abordée de manière anonyme et à l’écrit. Cela permettra déjà de montrer que : 

  • Chacun est disposé à trouver des solutions. 
  • De se focaliser sur ces dernières plutôt que sur un éventuel conflit. Dans n’importe quelle activité sportive, regarder vers le sol, nous amène inexorablement vers lui, et ça peut faire très mal. Il en est de même dans les discussions où il est primordial de regarder vers l’avant et l’avenir.
  • De surmonter le problème de l’identité de celui qui propose l’idée au profit de l’idée elle-même.

Voyez comme souvent, une idée peut être rejetée uniquement parce qu’elle est proposée par telle personne, tel parti politique ou tel pays… Le jugement se porte alors sur l’identité et non sur l’idée elle-même. Si vous sentez qu’il est difficile d’entendre le point de vue d’une personne juste parce que vous n’avez pas d’affinités avec elle, écoutez le son de sa voix, c’est humanisant et cela peut vous aider à passer au dessus de vos préjugés. Les conversations positives ne sont pas magiques et nécessitent plusieurs tentatives avant de mener à quelque chose de constructif et d’innovant.

2. « Soyez prêt à ne pas avoir raison »

Laisser son égo de coté est parfois difficile pour certains. En psychologie, on appelle cette posture facilitante, « l’humilité intellectuelle », qui selon sa définition est associée à la compréhension des limites de ses propres connaissances caractérisées par une ouverture aux nouvelles idées, et à un désir d’apprendre.

En se demandant : « Que faudrait-il pour que je puisse changer ou faire évoluer mon point de vue ? » et en répondant sincèrement à cette question, on obtient une multitude de réponses sur la source du conflit/problème/blocage. Travailler ensuite sur ces données mène à des progrès significatifs : on met en lumière les peurs qui sous-tendent les blocages, on comprend à quel niveau l’autre ou nous-mêmes avons besoin d’être sécurisés.

3. Trouvez et focalisez-vous sur le « terrain commun »

C’est particulièrement vrai dans les discussions où vous vous dites que ça ne vaut pas la peine, que c’est perdu d’avance. « La réalité partagée » par les interlocuteurs est la meilleure plateforme pour être constructif et un antidote aux « faits alternatifs ». Pour consolider cette étape, explorer les buts partagés, les visions communes pour le futur et demander à l’autre de vous éclairer sur ces sujets. Si vous souhaitez aller plus loin, utilisez la technique du « mirroring » qui consiste à créer un climat de complicité en adoptant la même posture physique que votre interlocuteur et en répétant la fin de ses phrases sur un ton interrogatif pour l’inciter à approfondir. C’est un pré-requis efficace pour la synchronisation. La patience est aussi primordiale dans toutes les discussions constructives issues d’un désaccord. On nomme cela un « désaccord constructif » mais soyez sûrs que le temps et l’énergie que vous y consacrerez seront à la hauteur du but et de l’enjeu.

Quel que soient les techniques que vous utiliserez, gardez surtout le désir d’être authentique, sinon à quoi cela servirait-il ?

Ne perdez pas, ni votre temps, ni votre énergie, dans des échanges stériles dont l’issue n’est pas importante ! Relativisez et prenez de la hauteur car même si on se rend compte de l’impasse, il est important de désamorcer la déception en nous qui engendrerait de la colère et un désir de nuire à l’autre. Dans ce cas, voyez autrui comme une des multiples facettes du grand tout, une autre possibilité d’être et de penser, différente de la vôtre. Comme vous, c’est un enfant de la grande création divine et mystérieuse. Rien à détruire en lui … à s’en protéger…à s’en éloigner… oui peut-être… Quoi qu’il en soit, observer avec tolérance cette expression unique et peut-être même dysharmonieuse de la création et souhaitez-lui intérieurement de trouver la paix, l’harmonie et l’amour. Bénissez-le en quelque sorte et reconnaissez que tout est en ordre à un niveau qui vous dépasse et que vous n’avez pas à gérer. (lire aussi l’article sur le lâcher-prise ici)

 

Suivez-moi à présent dans une visualisation active de 22 minutes afin de ressentir l’ancrage, l’ouverture de cœur et d’esprit nécessaire pour faire évoluer une discussion, que vous appréhendez, en un échange constructif.

Prenez soin de vous et les uns des autres,

Laetitia Santarelli